Le rendez vous raté du parti socialiste avec la rénovation

Le parti socialiste a toujours eu la tentation des grandes choses, celles qui font progresser la société, celles qui tranchent radicalement avec l’esprit ambiant, celles qui ressuscitent l’esprit et l’emphase des grands anciens. C’est probablement sous l’ombre bienveillante mais tutélaire de ces tribuns hors paire que des gens comme A.Montebourg apaisent la brûlure mordante du soleil médiatique.

Mais voilà, devant l’enjeu, parfois, les convictions manquent pour céder la place au petit bras. C’était samedi matin, et nos grands élus ont abîmé la rénovation.Rénovation, rénovation, est-ce que j’ai une tête de rénovation? A l’évidence non. A l’évidence, le maintien de statuts à primé sur la chance historique de briser le cours impétueux du cumul et de la sclérose.

Dans un très bon ouvrage, la société des socialistes, Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki s’étaient armés de patience, d’un brin de méticulosité et d’une bonne dose de méthode pour analyser par le menu la structure sociologique du PS, mais aussi son organisation interne et les structures de pouvoir induites par son fonctionnement.

La grande leçon était connue depuis bien longtemps, le PS est un parti d’élus, mais cela n’en appelait pas moins quelques précisions apportées de main de travailleurs de l’ombre par les deux auteurs.

Bilan, les élus des années 80 (municipales de 77, législatives de 78) refusent de passer la main.

Samedi, la convention nationale pour la rénovation avait l’occasion d’acter deux positions progressistes: le non cumul radical des mandats et l’impulsion d’un renouvellement, les deux n’étant pas dénués de tout lien.

Le cumul des mandats, chasse gardée anachronique

Dressons le tableau: dans une situation comme celle que connait le parti socialiste actuellement, où près de 60% des députés ont plus de 60 ans (contre 21% en 1981) et où la part des quadra est passée de 30% en 1981 à 4.2% en 2002, le vote de samedi peut naturellement être mis en perspective.

Dans le viseur de votre hôte, deux dispositions du texte ratifié.

Tout d’abord, l’erreur historique, car à contre courant de l’évolution administrative et politique française, d’une prise en compte insuffisante et non cohérente de l’intercommunalité. Le contexte législatif qui produira des élus au suffrage universel direct, plaidait pourtant pour une prise en compte plus aboutie de ce phénomène. Rappelons que la seule raison qui les empêche d’être les représentants d’une collectivité locale à part est la non inscription en tant que telle dans l’article 72 de la constitution.

Qu’il s’agisse de compétences, de représentativité, de gouvernance politique, rien aujourd’hui ne distingue une communauté d’agglomération d’un département, les EPCI à vocation élargie sont donc aux collectivités locales ce que le Canada Dry est à la bière, il ne manque que l’alcool. Les plus chatouilleux au niveau juridique pourraient toujours objecter du fait que les compétences du départements sont des compétences propres tandis que celles des CA sont  transférées, pourtant, dans les faits, la différence n’est pas caractérisable.

Etre aujourd’hui membre de l’exécutif d’un EPCI c’est être un élu habillé pour l’hiver en matière de travail au sein de la structure, réalité que le montant des indemnités traduit parfaitement. En refusant d’acter cette réalité, nous laisserons perdurer les situations dans lesquelles certains élus cumulent deux exécutifs (communal et communautaire) en supplément d’un mandat uninominal. C’est aujourd’hui un de trop si l’on veux bien admettre que la loi fait l’interdiction d’un cumul de mandats quasiment identique (parlementaire/conseiller général/conseiller régional). La cohérence et le chemin historique auraient voulu que nous prenions à bras le corps cette réalité, c’est raté.

En réservant aux parlementaires/maires ne se représentant pas en 2011 ou 2012 un sas de décompression pour un 4ème mandat de maire consécutif (ce qu’un maire normal ne pourra pas faire, merci l’égalité), le PS rate violemment la marche et se vautre avec délectation dans la fange la plus médiocre de la défense du bastion des professionnels de la politique. Sachant que ces parlementaires quitteront leur mandat en 2011 et 2012, quelle explication ésotérique pourrait bien les distinguer dans leur avenir politique d’un maire non parlementaire sommé de quitter ses fonctions en 2014?

C’est donc bien une solution délirante, offrande à peine déguisée à des notables risquant la dépression post-mandatum, Abel démocratique offert sur l’autel de la démocratie par des Caïns en manque. Et que l’on ne me fasse pas le coup de la succession dont on aurait un peu rapidement oublié qu’il fallait la préparer, nous sommes en 2010 !

Ce que mon parti semble avoir superbement ignoré, c’est  que le renouvellement de la classe politique passe IMMANQUABLEMENT par la formation des nouveaux élus, par l’exercice difficile mais formateur de la responsabilité, de la capacité à se projeter dans un costume d’élu appelé à faire des choix, à trancher entre intérêts particuliers différents ou contradictoires pour faire prévaloir l’intérêt général.

La diversité, dont nous avons réussi par un miraculeux tour de passe-passe à oublier de donner une véritable définition, qui n’est elle même qu’une composante du renouvellement, n’en sortira pas grandie non plus. Imposée là où les barons/baronnes – ne faisons pas d’inutile distinction – ne serons pas positionné(e)s, elle n’apparaitra ni logique ni légitime.

On pourra toujours avancer qu’il s’agit d’agir en conscience, d’agir en responsabilité politique.

On pourrait aussi imaginer que deux sondages – qui font des membres du personnel politique les interlocuteurs les moins à même de faire évoluer positivement la situation individuelle des français et qui concluent à une image plutôt corrompue de ce même personnel -  auraient poussé à un peu plus d’ambition ou d’éthique.

On pourrait aussi pousser l’onirisme militant jusqu’à rappeler la captivité des électeurs devant l’offre politique proposée pour atténuer l’image de chaos politique que nos grands élus n’ont pas manqué de décrire mal habilement.

On pourrait fantasmer que nous nous soyons projeté vers ces aurores incertaines, vers ces tâtonnements qui font progresser la République et la société.

Il n’en est rien. Samedi, nous avons un peu plus abîmé l’éthique. Nous y avons gagné un « tube ». Bien maigre compensation. « Il faut avoir le cœur bien accroché pour rester au ps. »

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4 réponses à Le rendez vous raté du parti socialiste avec la rénovation

  1. Florence AUGIER dit :

    Ce débat raté pourtant voulu par les militants est devenu par la force des choses un débats entre élites et a privé les militants d’une véritable réflexion sur la rénovation.
    Malheureusement les résultats sont là, pitoyables et tristes seuls 33 % des militants se sont déplacés pour se prononcer sur cette convention.

  2. Je partage ton analyse mais je ne comprends pas bien ton opposition à certains de mes amendements qui ne se voulaient pas utopistes ou irréalistes lors de la convention fédérale ? Etait-ce la forme ou ma manière de les défendre qui a coincé ?

    • Fred Maupin dit :

      Lesquels en particulier ?

      • La séparation des pouvoirs au niveau des collectivités territoriales par exemple, plus que la non cumul des fonctions exécutives partisanes et des fonctions exécutives locales ou nationales en tous cas.

        Reste que ce régime sur mesure pour les parlementaires qui abandonnaient leur mandat national est quand même assez indigne du parti, tu l’avais relevé mais ça n’a pas dérangé grand monde visiblement de créer des inégalités dans le parti.

        J’ai l’impression d’une rénovation à peine plus sérieuse que la révision constitutionnelle de 2008, seulement le minimum pour amuser la galerie médiatique mais quand on creuse, ce n’est pas reluisant.

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